Le 21 février, M. le Curé du Louroux, sur le sort duquel toutes les âmes vertueuses étaient consternées, fut cité devant la Commission sanguinaire et, après plusieurs questions qu'on lui fit et auxquelles il répondit avec cette précision et cette fermeté qui lui étaient naturelles, il fut condamné à mort. Ses juges, pour donner plus d'appareil à son supplice, lui demandèrent s'il ne serait pas bien aise d'y aller en habits sacerdotaux : « Oui, leur répondit-il, ce serait une grande satisfaction pour moi. – Eh bien, lui répondirent les bourreaux, tu en seras revêtu et tu subiras la mort dans cet accoutrement. »
Dans le jour du jugement on ne manqua pas de le revêtir de sa soutane, d'un amict, d'une aube, d'une étolle, manipule et bonnet carré. Il lui manquait un calice, mais, comme il avait les mains attachées derrière le dos, cela n'aurait pas été possible. On s'était contenté de lui donner à porter quand il fut conduit pour la première fois dans la prison.
Le saint prêtre du Seigneur, ainsi revêtu, part de la prison, traverse la rue Saint-Laud, pour allonger la marche, arrive au son du tambour au lieu de son supplice [la place du Ralliement]. Son air content et satisfait annonçait la joie qu'il ressentait de souffrir pour Jésus-Christ. Ce spectacle cependant ne parut pas bien prendre. Chacun reculait d'horreur et se retirait dans sa maison pour n'être pas témoin d'un tel sacrilège. Enfin, la victime le présente au bourreau ; on le dépouille seulement de sa chasuble et, dans cet état, il reçoit la couronne du martyre au milieu d'un morne silence, qui fut interrompu par quelques cris de Vive la République ! de la part de ses juges seulement, indignés de n'avoir pas d'imitateurs […]