En voyant tomber leur général, dix royalistes volent à son secours, et les cinq autres courent après le meurtrier ; Jacques Bouchet est du nombre de ces derniers. La fureur les transporte, mais le grenadier fuit avec une telle rapidité, qu’ils ont peur, un instant, de le voir échapper à leur vengeance. Cependant, le grenadier, bientôt essoufflé, se blottit derrière un gros chêne, à deux cents mètres du meurtre, et, de là, il décharge cinq fois son fusil sur Jacques Bouchet et ses quatre camarades. Il n’en atteint aucun. Les cinq royalistes l’entourent ; l’un d’eux lui assène un violent coup de sabre sur la tête et le terrasse, pendant que les autres l’achèvent avec leurs baïonnettes. Le jeune héros était vengé ; mais le sang de son meurtrier ne réparait pas la perte que venait de faire la cause royale […]
A peine ceux qui accoururent au secours de La Rochejaquelein eurent-ils constaté sa mort, qu’ils s’empressèrent, pour le dérober aux regards de leurs camarades que cette perte pouvait décourager, de le porter un peu à l’écart. Quand Jacques Bouchet revint sur ses pas pour pleurer auprès du cadavre de son général, ils l’avaient déjà enlevé du lieu où il était tombé. Comme ils n’avaient aucun instrument pour creuser une fosse, l’un d’eux courut en chercher à la Boulinière, métairie écartée dans les terres à la distance d’un kilomètre, et ils chargèrent le fermier, nommé Girard, de faire lui-même l’inhumation, remettant à des jours meilleurs le soin de lui rendre les honneurs qu’il méritait. Girard enterra d’abord le général dans le pré de la Brissonnière, à l’endroit où on l’avait transporté ; mais, un instant après, réfléchissant que les républicains pouvaient venir l’exhumer et insulter son cadavre, il le déterra, et alla le déposer dans une seconde fosse qu’il fit au milieu d’une haie voisine. Ne le voyant pas encore assez en sûreté dans ce nouvel endroit, il l’en retira aussitôt et le transporta à deux cents mètres plus loin, au-delà de la Haie de Bureau, dans un petit pré, sous un pommier, à quelques pas du lieu où le grenadier républicain avait été sabré par Bouchet et ses camarades. Il enferma le général et son meurtrier dans une même fosse, afin que, si les Bleus venaient à l’ouvrir, la vue de l’uniforme républicain arrêtât leurs investigations.
Histoire de la Vendée d’après des documents nouveaux, par Félix Deniau, t.IV, pp. 209-214.