Il faut enfin effacer de la carte de France tous les noms marqués du sceau du fanatisme ou de l’aristocratie, selon la terminologie de l’époque. Aucun département ne fut épargné. La Mayenne et la Sarthe, héritiers de l’ancien Maine, en apportent l'illustration :
Premières visées, les mentions religieuses sont légions, en particulier les Saints :
La Chapelle-aux-Choux (Sarthe) devient Vallon-sur-Loir.
Parigné-l’Évêque (Sarthe) : Parigné-lès-le-Mans.
Saint-Berthevin-la-Tannière (Mayenne) : Centranne.
Saint-Calais (Sarthe) : Calais-sur-Anille.
Saint-Calez-en-Saonois (Sarthe) : Calez-en-Saonois.
Saint-Christophe-du-Luat (Mayenne) : Luat.
Saint-Cosme-de-Vair (Sarthe) : Montrecipe.
Saint-Denis-des-Coudrais (Sarthe) : Denis-des-Coudrais.
Saint-Georges-de-Dangeul (Sarthe) : Dangeul.
Saint-Germain-d’Arcé (Sarthe) : Arcé-sur-Fare.
Saint-Georges-sur-Erve (Mayenne) : Mauranne.
Saint-Germain-de-Coulamer (Mayenne) : Colimer.
Saint-Hilaire-des-Landes (Mayenne) : Landes-et-Landa.
Saint-Jean-sur-Mayenne (Mayenne) : Boisse.
Saint-Maixent (Sarthe) : Maixent-sur-Quenne.
Saint-Mars-sur-la-Futaie (Mayenne) : Mont-Mars.
Saint-Martin-de-Connée (Mayenne) : Connée.
Saint-Michel-de-Chavaigne (Sarthe) : Chavaigne-sur-Nogue.
Sainte-Cerotte (Sarthe) : Cerotte-en-Bel-Air.
Sainte-Colombe (Sarthe) : Montrouge.
Sainte-Croix (Sarthe) : Croix-Gazonfière.
Sainte-Osmane (Sarthe) : Osmane-la-Fontaine.
Sainte-Suzanne (Mayenne) : Mont-d’Erve (Du nom de la rivière, l'Erve, qui coule au pied du promontoire).
Savigné-l’Évêque (Sarthe) : Savigné-lès-le-Mans.
Yvré-l’Évêque (Sarthe) : Yvré-sur-l’Huisne.
Les zélateurs de la régénération nationale se repaissent également de l’héritage féodal de la France, des châteaux, des anciennes provinces et des titres de noblesse. Là encore les Saints en font amplement les frais :
Beaumont-le-Vicomte (Sarthe) devient Beaumont-sur-Sarthe.
Bourg-le-Roi (Sarthe) : Bourg-la-Loi.
Château-du-Loir (Sarthe) : Mont-du-Loir, Mont-sur-Loir ou Vau-du-Loir.
Château-Gontier (Mayenne) : Mont-Hardi (Château-Gontier est frappé d’indignité révolutionnaire à deux titres : Château parce qu’il évoque l’Ancien régime ; Gontier parce qu’il rappelle le nom du vassal du comte d’Anjou en l’an mil, fondateur du premier site fortifié).
La Ferté-Bernard (Sarthe) : La Ferté-les-Prés, La Ferté-sur-Huisne (Bernard était le nom des premiers seigneurs de la ville au XIe siècle).
Fresnay-le-Vicomte (Sarthe) : Fresnay-sur-Sarthe.
Moncé-en-Belin (Sarthe) : Moncé-lès-Le Mans.
Montfort-le-Rotrou (Sarthe) : Montfort-sur-Huisne (Les Rotrou étaient seigneurs de Nogent au Xe siècle, puis comte du Perche à partir du XIIe siècle).
Saint-Denis-d’Anjou (Mayenne) (voir ci-dessous)
Saint-Paul-le-Vicomte (Sarthe) : Paul-sur-Sarthe.
Sainte-Gemmes-le-Robert (Mayenne) : Mont-Rochard (du nom de la colline qui domine la ville au nord) ou Jouanne (du nom de la rivière qui traverse la commune).
Sillé-le-Guillaume (Sarthe) (du nom du bâtisseur de la première forteresse ; voir ci-dessous)
Non contents de sabrer les Saints et les Châteaux, les mêmes exaltés n’en oublient pas les valeurs à la mode en l’an II, l’Unité, l’Égalité et l’incontournable Montagne, du nom du parti de Danton, Marat et Robespierre :
Auvers-le-Hamon (Sarthe) devient Auvers-l’Union.
Saint-Denis-d’Anjou (Mayenne) : Bourg-la-Montagne, Bourg-la-Montagne-sur-Cogieux, Bourg-sur-Cogieux ou Mont-Vainqueur.
Saint-Georges-du-Plain (Sarthe) : L’Unité-sur-Sarthe.
Saint-Mars-de-la-Brière (Sarthe) : Brière-de-l’Égalité.
Saint-Pierre-la-Cour (Mayenne) : Bourg-l’Union.
Sillé-le-Guillaume (Sarthe) : Sillé-la-Montagne.